Croisière

Pour avoir embrassé la cause de tous ces vieux rafiots,
Après avoir bourlingué sur tous les océans,
Échoué sur ces récifs, force est d'errer sur les eaux,
Sonne pour moi le glas, comme pour eux les goélands.

J'ai connu, et connais encore, les pires pirates
Préférant de loin les bras des douces sirènes.
Des abordages de joies se sont collés à ma peau mate
Tout comme ces naufrages qui m'ont submergé de peine.

Je nagerai encore sur ces îlots d'azur noir,
Mon carnet de bord n'attend qu'à se remplir.
Même si j'ai souillé ces pages de mes déboires,
Le sel de mes yeux reflète encore le verbe sourire.

Mille fois noyé, faute de bouée concrète,
Mille fois sauvé par ces bancs salutaires,
Eux que je remercie de m'avoir fait relever la tête
Afin qu'elle sorte de l'eau pour de nouveau se gorger d'air.

Jamais je ne laisserai ces requins dévorer
Ce qui a été construit, soudé de sueur,
Tendre et frais comme du pain trempé
Véritable aimant à bandits pilleurs.

Et capitaine à l'équipage dissout,
Je prends les rênes de ce vaisseau instable
Pour un jour accoster une terre de bijoux
Où se trouvera la joie véritable.